Pourquoi parle-t-on d’héritage sportif ?

Il est vrai que souvent, les fils ou filles d’anciens sportifs héritent des qualités physiques et sportives du ou des parents. En effet, plusieurs facteurs essentiels viennent accompagner l’individu. Et ceux, dès son plus jeune âge.

« Souvent ces fils ou filles de, accompagnent leur père ou la mère sportive sur leurs lieux d’entrainements ou de compétitions. Ils ont donc une certaine vision du sport» . 

Sylvaine Derycke

Sociologue, INSEP

Explications :

Avoir des parents sportifs de haut niveau permet parfois de remplir plus facilement les conditions indispensables pour réussir sa carrière. Cela s’explique par trois facteurs essentiels.

  • Avoir un capital génétique approprié.

S’il n’existe pas, à proprement parler, de « gène du sport ». Beaucoup de spécialistes estiment que 50 % de la performance est d’origine génétique. Par exemple, le fait d’avoir des capacités qui permettent d’encaisser mieux un entraînement poussé proviendrait pour moitié, de gènes transmis par les parents.

  • L’initiation précoce au sport.

Pour la jeune « graine de champion », le fait d’avoir baignée depuis tout jeune, dans le monde du sport, ou d’avoir eu des parents sportifs. Procure un petit avantage sur les autres au départ. Il aura en effet, l’avantage d’avoir été initié très jeune, plus tôt, à la pratique au sport, contrairement à un individu de son âge. Ainsi, il aura plus de chances dans un premier temps, de se développer plus facilement et plus rapidement sportivement.

D’un point de vue de l’apprentissage, l’individu aura également plus d’aptitudes et de facilités à reproduire des gestes techniques lié au sport qu’il pratique, du fait d’avoir pratiqué ou fréquenté durant sa jeunesse un environnement lié au sport.

  • Bénéficier de mentors pour modeler son développement. Inculquer des valeurs et une culture du sport

Très souvent, l’encadrement du jeune sportif joue un rôle déterminant dans sa réussite sportive. Avoir des parents anciens sportifs de haut niveau, permet de bénéficier de conseils en amont sur les difficultés qu’un sportifs de haut niveau pourra rencontrer durant sa carrière. Connaître les difficultés et les exigences du sport de haut permettra ainsi à ces héritiers de champion, d’anticiper ou de se préparer aux réalités d’une carrière de haut niveau.

 

L’exemple de la famille Noah :

Dans la famille Noah, le grand-père footballeur Zacharie inculquait les valeurs du travail et de l’effort à son fils Yannick, tennisman : « J’ai toujours dit à Yannick : ‘Tu as des qualités, mais ça ne suffit pas. Il faut travailler et travailler. Yannick m’a vu bosser pour réussir, et il a fait pareil ! »

*(Citation tirée du journal Le Point). 

Même constat pour le petit fils Joakim Noah, éduqué dans cette philosophie de travailler dur pour réussir.

Quelques Statistiques :

En Ligue 1, le taux de « fils de » est assez maigrichon : environ 5% des joueurs ont un parent footballeur. Même proportion en NBA, où on compte 19 « fils de » sur les parquets américains (Etude menée en 2014).

Du côté de l’Institut National du Sport de l’Expertise et de la Performance (l’INSEP), seulement 20% des sportifs sont issues de parents sportifs.

Statistique effarante : un fils de joueur de NBA a 55 fois plus de chances de décrocher une place en première division universitaire (l’antichambre de la NBA) qu’un Américain moyen.

 

Des lignées de familles de plus en plus courantes 

Aux Jeux d’Athènes de 2004, un tiers des Tricolores avaient des parents athlètes de haut niveau, d’après l’étude du sociologue Sébastien Fleuriel. En cricket et dans d’autres sports dit « confidentiels » comme le hockey sur gazon ou encore le Kanoë – Cayak. Ce sont des familles entières qui se succèdent. Parfois même, il arrive que des générations s’entrecroisent. En football, l’équipe d’Islande de 1997 avait dans son effectif, le père Arnor Gudjohnsen et le fils Eidur Gudjohnsen, (17 ans à l’époque). Autre cas en athlétisme, Irina Lenskiy, 40 ans et sa fille Olga, 18 ans, composaient la moitié du relais 4×100 m israélien qui devait participer aux championnats d’Europe de Barcelone de 2010.

Une condition à double tranchant

Bien que le bagage génétique des enfants soit un déterminant très important de leurs aptitudes sportives. Il n’en demeure pas moins que pour réaliser des performances optimales, il faut qu’ils suivent un programme d’entraînement adéquat.

« Lorsque que l’on naît avec un nom. On a tout de suite une visibilité de part la notoriété du parent. Ce qui produit un processus autour de l’individu, du fait qu’il possède un héritage sportif. On va d’une certaine manière miser sur cet individu, et ainsi, privilégier et aider ce sportif à réussir. Etant issu de parents qui ont déjà prouvés sportivement ce dont ils étaient capable. On placera le jeune successeur dans un encadrement qui le permettra d’avoir toutes les conditions pour réussir. Ce que n’aura pas forcément un individu lambda, qui lui devra dans un premier temps montrer des aptitudes sportives et un potentiel convainquant.

Quelque soit l’individu. Pour réussir, le potentiel sportif doit être exploité à fond par un bon entraînement et un travail acharné.

Il y a certes beaucoup de «fils et fille de» dans le sport. Mais il y a également énormément de filles et fils de, qui ne réussissent pas forcément une carrière sportive ».   Sylvaine Derycke

Regard de fils de champion

Que signifie être un « fils de » champion? Quelle vision ces jeunes pousses ont de leur statut de successeur d’un nom. Que représente finalement pour eux être fils de champion.

Rencontre avec trois héritiers de champion.

Pour fuir la comparaison, certaines graines de champions évoluent dans un environnement différent que celui de leur prédécesseur. Pour certains, porter un autre nom que celui du champion, est une manière d’échapper aux regards extérieurs. Lorsque l’on s’appelle Zidane, il est difficile de passer inaperçu.

C’est pourquoi, un des fils du footballeur Zinedine Zidane a décidé de porter le nom de famille de sa mère (Enzo Fernandez) et non celui de son père.

Une des tâches principales de la réussite de ces « fils et filles de » dans le milieu sportif. C’est finalement  la réussite à faire oublier leur nom, pour le prénom.

Mais comment gagner sa propre reconnaissance quand celui de son aîné est encore présente ?